Julie-Victoire DAUBIÉ

Portrait photographique de Julie-Victoire DAUBIÉ.

La femme pauvre n’affronte pas seulement la misère mais doit travailler pour vivre, avoir ses propres moyens de subsistance.

Julie-Victoire DAUBIÉ dans “La Femme pauvre au XIXe siècle, par une femme pauvre” (1861)

Fresque représentant Julie-Victoire Daubié à Fontenoy-le-Château. Photo Jacques KERAMBRUN

Fille d’instituteurs, Madeleine disait de son père, un laïque proche du radicalisme, « son anticléricalisme lui servait de ligne politique ».

Originaire de Deneille-les-Mines, arrondissement de Montluçon, Madeleine Gazut fait des études secondaires à Montluçon, puis à Moulins et une licence de philosophie à Paris, elle adhère alors aux Jeunesses Socialistes.

Elle passe une partie de la Seconde Guerre Mondiale à Marseille, où son époux, le linguiste et syndicaliste Louis Guilbert, avait été nommé enseignant, ils participent à la Résistance.. Il entre en 1943 au Parti communiste, elle en devient membre, à son tour, après la Libération.

En 1946, elle est chargée de mission au Centre d’études et statistiques du Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale. Ambroise Croizat, ministre communiste, encourage les études qu’elle entreprend sur le travail salarié des femmes, du fait des besoins de la Reconstruction. Pour la première fois en France, est exposée et commentée, la participation des femmes dans les différentes branches industrielles et sont évoqués les problèmes que les ouvrières rencontrent dans les syndicats. Non reconduite dans son poste de chargée de mission après le départ d’Ambroise Croizat, elle vient, à la demande de celui-ci, travailler à la CGT où elle contribue, en tant que secrétaire de rédaction, à la création de la Revue des Comités d’entreprise.

Désireuse de poursuivre au CNRS ses études sur le travail des femmes, elle élabore un projet qui, dans le cadre des premiers développements de la sociologie du travail, intéressa Georges Friedmann. Elle entre en 1950 au CNRS. Elle entreprend avec Viviane Isambert-Jamati une recherche auprès des travailleuses à domicile dans la confection de la Région parisienne. Ces femmes s’efforcent alors de concilier un travail salarié parfois très dur, et une conception traditionnelle, encore très répandue, de leur rôle d’épouse au foyer.

Par la suite Madeleine Guilbert se consacre à sa thèse principale : Les fonctions des femmes dans l’industrie, et à sa thèse complémentaire, devenue un ouvrage de référence, Les femmes et l’organisation syndicale jusqu’en 1914. Cette dernière, sous la direction d’Ernest Labrousse, s’appuie sur une analyse des congrès fédéraux et confédéraux, sur un dépouillement de la presse syndicale et d’une partie de la presse politique, ainsi que sur des documents de l’Office du Travail. Pour sa thèse principale, directeur Georges Gurvitch, elle étudie sur place, dans les ateliers, le travail d’un important échantillon représentatif de l’emploi des femmes dans l’industrie métallurgique ; suivant, à dessein, le schéma classique des études de postes (contenu de la tâche, rythmes, contraintes). Le constat qui se dégage de cette étude est sans équivoque. Il existait bien des spécificités communes aux travaux spécialement réservés aux femmes dans l’industrie, spécificités confirmées par le discours patronal. Madeleine Guilbert estime avoir, par cette étude, sorti de l’ombre un secteur négligé de la sociologie du travail : celui concernant l’emploi féminin. Elle a ainsi ouvert la voie à de nombreuses recherches. Sa thèse complémentaire montre sa volonté sans doute de faire des femmes en général, des ouvrières en particulier, des sujets historiques, comme elle en avait fait des sujets sociologiques. Elle est certes loin du concept de genre et plus près, le plus souvent, d’une simple histoire des femmes, cependant sa volonté de ne pas mettre en cause l’unité de la classe ouvrière la conduit à ne pas les étudier isolément. La notion de surexploitation à laquelle elle est attachée peut, étrangement, mener à celle de rapports sociaux de sexes. Pour Madeleine Guilbert, faire découvrir aux femmes leur passé comme la réalité de leur présent, c’est leur donner des armes pour l’action.

Elle reste au CNRS jusqu’en 1969, stagiaire à ses débuts, elle termine maître de recherches. Certes, elle reconnaissait elle-même que, si ses collègues appréciaient ses recherches sur le travail des femmes, ils y voyaient davantage un ouvrage de dames qu’une pratique de sociologue. Cependant la valeur de ses observations, objectives et chiffrées, son respect des règles scientifiques, auxquelles elle était d’autant plus attachée que son militantisme risquait de la faire taxer de parti pris, lui valent très tôt une reconnaissance universitaire.